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Analyse technologique

Thiberge | 10 Mars, 2006 14:40

L'Analyse technologique

Définition : La technologie est l'application concrète de connaissances scientifiques ou techniques à la conception, au développement, et à la fabrication d'un produit.

L'évolution technologique caractérise l'environnement de la 3° révolution industrielle. Nous évoquerons tout d'abord cet environnement et dégagerons ensuite les autres composantes essentielles de l'analyse technologique


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I -- L'entreprise et les mutations technologiques.

Un certain nombre de spécificités caractérise la nouvelle ère technologique dans laquelle nous vivons. Essayons tout d'abord de comprendre le comportement des entreprises face à ces techniques :

La troisième révolution industrielle est différente des deux premières. Non seulement sa nature est différente, mais cette révolution et plus globale que les précédentes et elle marque une accélération du processus de passage de l'invention à l'innovation.

Les deux premières révolutions industrielles étaient énergétiques, productivistes et capitalistiques :

· Energétiques, alors que les technologies actuelles consomment moins d'énergie.

· Productivistes, alors que les progrès industriels d'aujourd'hui visent surtout à produire mieux.

· Capitalistiques, alors que la troisième révolution industrielle et qualitative et intellectuelle. Elle accumule du savoir et du savoir-faire bien plus que du capital technique.

Partant de ces données une nouvelle problématique se dessine pour l'entreprise et les technologies, les produits et les procédés de cette révolution industrielle induisent une extension des opportunités pour la firme mais aussi de nouvelles contraintes.

En raison des mutations technologiques, l'entreprise doit intégrer de nouveaux paramètres dans son système décisionnel.

Cette nouvelle problématique de l'innovation peut être définie par trois caractéristiques majeures : la compatibilité de l'exigence de productivité avec celle de la souplesse de la production -- l'osmose entre l'innovation de produits et l'innovation de procéder -- et enfin l'incorporation grandissante de services aux produits. Examinons un peu plus en détails ces caractéristiques :

A -- La nouvelle alliance productivité / flexibilité.

Classiquement, l'entrepreneur doit opter pour un objectif de productivité liée à une production en série homogène ou pour un objectif de souplesse permettant de répondre aux besoins précis de la clientèle.

Si bien qu'en période de saturation de la demande, les entreprises se trouvent face à deux contraintes contradictoires : pour préserver ou accroître leur part de marché, elles cherchent à adapter leurs produits aux désirs esthétiques ou techniques particuliers à certains clients mais cette recherche est antinomique avec les principes de la production de masse qui privilégie les séries longues.

Le conflit entre ces deux contraintes, adaptation à la demande et séries longues, commence à être partiellement résolu avec les techniques issues de l'électronique.

Un microprocesseur, par exemple, peut remplacer, pour un prix moindre et avec plus de fiabilité, les commandes mécaniques traditionnelles. Il peut être raccordé à un ordinateur qui le commande en temps réel. Le développement récent de l'électronique permet ainsi une automatisation intelligente en fonction des besoins. En concevant l'ensemble de l'unité de production comme un système organisé d'automates, on aboutit à un atelier plus ou moins flexibles, une usine ayant une certaine souplesse d'adaptation comparable à celle de l'homme. En quelques heures, voire en quelques minutes, la forme, la matière, la couleur ou tout autre caractéristique du produit fabriqué dans un atelier flexible peuvent être modifiées, sans nuire à la productivité de l'atelier.

Les technologies de l'information se trouvent ainsi au cœur d'un double mouvement concernant le processus de production et le produit. Non seulement elles engendrent de nouveaux produits très spécifiques mais elles facilitent une organisation productive capable de fabriquer une variété de produits dans des conditions optimales d'efficacité technique, sans nuire à la productivité dans son ensemble.

En d'autres termes, les économies d'échelle ne semblent plus incompatibles avec l'existence de séries courtes engendrées par une différenciation poussée des produits. Dans le contexte d'un atelier flexible très informatisé, on peut même concevoir une production à la demande ayant une productivité comparable à une production en série. La suppression de l'antagonisme classique productivité et souplesse de l'offre ouvre de nouvelles perspectives à l'activité productive, combinant gains de productivité et segmentation fine des marchés.

B. -- Innovation de produits et innovation de procédés

Traditionnellement, les auteurs différencient innovation de produits et innovation de procédés en leur affectant un but économique différent - l'amélioration de la productivité est obtenue par une innovation de procédé et l'élargissement des biens offerts sur le marché correspond à une innovation de produits. Avec les nouvelles technologies, non seulement la différence entre ces deux types d'innovations s'estompe mais des interactions, des inductions réciproques apparaissent. La mécanique en fournit une illustration simple : les microprocesseurs introduits dans les machines-outils ont modifié leurs performances, leur fiabilité. Cette innovation dans un procédé a permis de fabriquer des outils aux caractéristiques nouvelles, donc a induit des innovations de produits.

Réciproquement, pour fabriquer de nouveaux produits, élaborés sur le papier, il faut mettre au point des machines capables de les produire. C'est donc une source d'innovation de procédé. L'exemple le plus flagrant de cette osmose entre innovation de produits et innovation de procédé peut-être donnée par l'image symbolique « des ordinateurs contrôlant la fabrication d'autres ordinateurs ».

C -- la fonctionnalisation de la production.

Une autre transformation due aux mutations technologiques est le passage progressif d'une « économie du produit » à une « économie de la fonction », c'est-à-dire l'incorporation de plus en plus massive de services dans le produit.

Par exemple, dans l'industrie chimique, le producteur organise un département commercial non seulement pour promouvoir ses produits mais aussi pour conseiller les clients dans leurs autres utilisations possibles, pour leur donner des idées d'applications nouvelles. L'information peut d'ailleurs remonter du département commercial à celui de la production ou même de la recherche, afin de profiter de toute perspective pour des nouveaux débouchés. On débouche donc sur une « chimie fonctionnelle » qui consiste à produire non pas un produit mais un ensemble susceptible de répondre à une fonction globale, aux problèmes du client sous tous ces aspects.

Autre exemple : les solutions E. business proposé par de nombreuses sociétés de services en ingénierie informatique.

La fonctionnalisation est donc une approche des problèmes de production visant à délimiter toutes les fonctions générales que doit remplir un produit.

D'une manière générale, cette « fonctionnalisation » de l'offre va progressivement conduire toutes les entreprises à définir et à construire leur offre comme une offre de services. Il est clair que cette nouvelle problématique n'est pas sans influencer la manière dont l'entreprise envisage les stratégies et la gestion de l'innovation.

En effet, la technologie devient un des fondements essentiels de la compétitivité ; c'est pourquoi elle représente pour l'entreprise un axe primordial de sa stratégie. Les analyses financières et mercatiques ne suffisent plus à la firme pour définir sa stratégie.

Le couple produit -marché qui a longtemps servi de clé d’analyse pour définir les axes stratégiques doit être complété par une composante technologique. Aujourd'hui, c'est plutôt le vecteur Technologie -- Produit -- Marché qui doit permettre d'appréhender la structure des marchés et les stratégies des firmes présentes sur ce marché.

La prévision technologique constitue un exercice désormais obligatoire pour définir les stratégies.

D -- l'accélération du processus « invention -- innovation » :

Une dernière spécificité de la révolution industrielle actuelle réside dans la réduction du délai entre la découverte scientifique et son application industrielle.

Il a fallu 100 ans pour que le phénomène physique de la photographie soit utilisable dans un appareil, 56 ans pour mettre au point le téléphone, 35 ans pour la radio, 14 ans pour le radar, cinq ans pour le transistor. Certaines compagnies estiment que la moitié des produits qu'elles commercialiseront dans 3 ans n'existe pas encore.

Cette révolution globale est très importante. L'impact des technologies de la troisième révolution industrielle est très global. Par ailleurs, la sphère de diffusion des nouvelles technologies concerne tous les aspects de la vie sociale : télécommunications, jeux électroniques, Internet, etc....

II -- Autres composantes de l'analyse technologique

A -- Technologies de base -- Technologies clés --Technologies émergentes.

Un ensemble d'indices permet de déceler de façon approximative à partir de quel point le processus de développement d'une technologie a atteint son stade d'efficacité maximale.

Le cabinet Arthur D.. Little propose une répartition des technologies en trois grandes catégories :

1. Ø Les technologies de base.

2. Ø Les technologies clés.

3. Ø Les technologies émergentes.

--- Les technologies de base sont des technologies dont l'entreprise à la maîtrise mais dont la concurrence a également la maîtrise. Leur impact concurrentiel n'est donc pas très significatif.

--- Les technologiques clés sont celles dont l'entreprise à la maîtrise mais pas la concurrence. Leur impact concurrentiel est, bien entendu, beaucoup plus fort que celui des technologies de base. L'avantage qui en résulte pour l'entreprise est certain.

--- Les technologies émergentes sont des technologies en développement appelées à remplacer à terme les technologies clés.

Le cycle de vie des technologies se caractérise donc par une transformation des technologies émergentes en technologies clés et une transformation des technologies clés en technologies de base.

B. -- Technologies et avantage concurrentiel.

1-- La technologie influe sur l'avantage concurrentiel quand elle joue un rôle important dans les coûts ou la différenciation d'une firme rapport aux autres. En fait les relations entre la technologie et l'avantage concurrentiel sont réciproques. La maîtrise d'une technologie peut assurer un avantage concurrentiel certain et l'avantage concurrentiel peut favoriser l'émergence de nouvelles technologies. Une sorte de cercle vertueux est ainsi mis en évidence.

Par exemple, c'est en atteignant une certaine échelle de production qu'il devient possible d'utiliser un équipement d'assemblage automatique haute vitesse. Dans cet exemple, ce n'est pas la technologie qui est source d'avantage concurrentiel mais c'est plutôt l'inverse. Par contre, une firme capable de découvrir une meilleure technologie que ses concurrents pour accomplir une activité donnée acquiert un avantage concurrentiel.

Par ailleurs, le lien entre le développement technologique et les facteurs d'évolution des coûts est évident :

Par exemple, la hausse spectaculaire des coûts de l'énergie a fait de l'électricité et l'élément le plus coûteux dans la fonte de l'aluminium. De ce fait, bon nombre de producteurs, dont les Japonais, sont devenus des fabricants à coût élevé. Pour traiter le problème, les firmes japonaises ont travaillé activement sur les moyens de réduire les coûts énergétiques. On voit donc qu'une nouvelle technologie peut être un facteur de baisse des coûts.

2-- L'avance technologique et le retard technologique délibéré.

Pour définir sa stratégie technologique, la deuxième grande question à laquelle doit répondre une firme est de savoir si elle doit rechercher ou non une avance technologique. En effet, la décision d'innover donc de procéder à des investissements coûteux en recherche-développement n'est pas toujours très opportune. Il est parfois plus judicieux d'adopter une « attitude de suiveur » que de prendre un risque en cas d'échec de l'innovation.

En d'autres termes, faut-il être l'initiateur d'une innovation dans l'une ou l'autre des activités créatrices de valeur ou faut-il attendre que d'autres aient lancé cette innovation ?

Ce choix semble reposer sur une série de facteurs :

Ø La durabilité de l'avance technologique, c'est-à-dire la mesure dans laquelle une firme parvient à conserver son avance sur ses concurrents.

Ø L'analyse des avantages qu'une firme pourrait tirer du fait d'être la première à adopter une nouvelle technologie.

Ø Les inconvénients supportés éventuellement par l'innovateur.

Ces trois facteurs interagissent pour déterminer le meilleur choix que peut prendre une firme donnée.

En termes d'image de marque, de produit unique en son genre donc en termes d'accroissement de valeur pour le client, la stratégie d'innovation est certainement la meilleure. Par contre, la stratégie de « suiveur » est incontestablement plus pertinente pour tirer profit de l'expérience de ceux qui ont pris de l'avance. En bref, il vaut mieux parfois imiter pour éviter des investissements coûteux en recherche-développement ou pour mieux s'adapter aux besoins réels du client.

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