Comprendre la notion de concurrence pure et parfaite.
Par THIBERGE Le 30 juillet 2007 dans DEES (DEESMA, DEESCOM ...), Economie - Droit en BTS -
Lors de l’élection présidentielle, l’un des candidats a beaucoup parlé de flexibilité , de laisser le marché s’autoréguler et de ne plus etre trop interventionniste.
Cela se rapproche de la notion de concurrence pure et pafaite. Pour bien la comprendre, lisez ce billet.
– La notion de concurrence pure et parfaite.
La concurrence parfaite n’existe pas dans la réalité, elle correspond toutefois un schéma idéal que les économistes ont tracé. Cette notion ne doit donc être conçue qu’en tant que base de raisonnement.
Ce schéma idéal se caractérise par la réunion de cinq éléments :
1er élément : l’atomicité.
L’atomicité d’un marché se caractérise par la présence d’un grand nombre d’offreurs et de demandeurs. Ces offreurs et ces demandeurs doivent être de taille réduite ( « atomes »). On dit qu’il y a atomicité d’un marché lorsque aucun agent du marché (acheteur ou vendeur) ne peut, par sa seule action exercer une influence sur les conditions du marché. En bref, cela signifie qu’un seul acheteur ou un seul le vendeur ne peut, par sa seule action, faire baisser le prix du marché. Par exemple, si un seul acheteur décide de doubler sa consommation journalière de sel, cela représentera une “goutte d’eau dans la mer”, et le prix du sel ne baissera pas. Inversement, si un seul vendeur de sel décide de monter ses prix, cette variation n’aura aucune influence sur le prix global du sel. Ainsi, aucun vendeur ou acheteur ne représente un poids suffisant pour influencer les conditions du marché et notamment le prix d’équilibre. Cette situation d’atomicité suppose l’absence totale de monopole, l’absence totale d’entente entre les groupes d’entreprise, l’absence de position dominante. Le prix correspond donc un prix d’équilibre déterminé par le marché et ce prix imposera à tous les agents, qu’ils soient consommateurs ou producteurs.
Si l’on prend l’exemple du marché du travail, la concurrence pure et parfaite se caractériserait par le fait qu’aucun travailleur ou groupes de travailleurs ne pourrait prendre de décisions susceptibles de modifier sensiblement la quantité globale de travail disponible est donc le salaire d’équilibre — cela suppose donc l’absence de syndicats ou de groupes de pression ! ! !
2° élément : L’entrée libre sur un marché.
Dans cette hypothèse l’accès des offreurs ou des demandeurs sur un marché doit être totalement libre. Toute réglementation imposant des conditions préalables à l’exercice d’une activité est donc exclue. On devrait pouvoir librement créer une pharmacie, par exemple ! !
3° élément : l’homogénéité.
Tous les produits offerts sur le marché doivent être comparables ou homogènes. En d’autres termes chacune des unités proposées par les offreurs doit être totalement interchangeable. Curieusement, cela suppose l’absence de publicité et cela suppose aussi que les vendeurs ne pratiquent pas une politique de différenciation des produits.
Pour en faire une application au marché du travail, cela supposerait que les employeurs soient indifférents à la personnalité des travailleurs. De ce point de vue, un employeur n’établirait pas une relation avec un travailleur mais se contenterait d’acheter des heures de travail en étant indifférent au fait que ces heures soient effectuées par tel ou tel..En cas d’absence d’homogénéité, les lois du marché se trouvent donc remises en question parce que l’offre et la demande ne sont plus seulement fonction du prix mais de toutes les caractéristiques qui sont susceptibles de différencier chaque unité échangée sur le marché.
4° élément : La transparence des marchés.
La transparence d’un marché se caractérise par une parfaite circulation de l’information sur les conditions du marché. Cela signifie qu’à tout moment, les acheteurs doivent pouvoir connaître l’ensemble des prix pratiqués par les entreprises. De même, cela suppose que les producteurs puissent connaître à tout moment les conditions de prix et de production de leurs concurrents.
De ce point de vue, la concurrence ne peut jouer que si, à chaque instant, tout le monde connaît les prix proposés et les quantités offertes ou demandées par tous les autres agents. Tout événement susceptible de modifier les conditions d’échange est aussitôt connu partout le monde ! ! . Ceci paraît assez peu réaliste.
5° élément : La parfaite mobilité des facteurs.
Les agents et les biens doivent pouvoir librement circuler. Dans l’absolu la concurrence parfaite suppose que n’importe quel acheteur ne soit pas gêné par la distance géographique, les frais de transport, les habitudes commerciales, etc…. pour entrer en contact avec n’importe quel vendeur. Par ailleurs le processus concurrentiel suppose que les entreprises puissent continuellement déplacer les facteurs de production d’un produit pour pouvoir s’adapter aux variations de la demande. Encore une fois, si on fait une application au marché du travail, cela supposerait que les employeurs puissent déplacer d’une activité à une autre n’importe quel volume d’heures de travail ou de salariés, et cela de manière instantanée !
En conclusion, nous pouvons dire que le modèle de concurrence pure et parfaite est considérablement éloigné de la réalité. Notons tout de même que sur le marché des capitaux la concurrence est presque parfaite. Par contre, sur le marché des biens et des services ou sur le marché du travail, les lois du marché ne peuvent, tout au plus, que refléter quelques tendances. Il est vrai, par exemple, qu’en période de chômage les salariés subissent une pression à la baisse des salaires. Il n’en demeure pas moins que le fonctionnement global et concret des marchés s’écarte considérablement de cette modélisation.
